Le mois de janvier 2026 a vu tomber 319,2 mm de pluie sur Brest. Un record pour un mois de janvier, qui frôle le record mensuel absolu enregistré en 1965. Pourtant, et fort heureusement, le quartier de Kerinou, n’a pas été inondé. En amont, le bassin de Kertatupage, servant à la régulation des flux d’eau pluviale, continue de faire ses preuves. Il illustre concrètement l’importance d’investir dans l’adaptation du territoire au changement climatique et la gestion des risques. A l’échelle de la métropole, d’autres bassins sont en projet. Arrêtons-nous un instant sur cet outil efficace de prévention des pollutions et des inondations.

Kertatupage : une réponse à des enjeux forts
Prévenir les inondations
Tous les 4 ans environ, le bourg de Kerinou se réveillait les pieds dans l’eau. Ce quartier, fortement urbanisé, est situé au pied d’un bassin versant. Une « cuvette » peut-on dire. De plus, le réseau d’assainissement de la ville à cet endroit est unitaire. Y sont donc mélangées les eaux sales domestiques et les eaux pluviales. Ces caractéristiques rendent Kérinou très sensible aux inondations lors d’épisode pluvieux intense. La métropole a alors recherché comment stocker les eaux de pluie pour prévenir les inondations. Le site de Kertatupage, situé à la confluence historique de deux rivières situées en amont, a été retenu pour accueillir cet ouvrage de prévention.
Réduire les pollutions
Mais gérer l’eau de pluie à Brest Métropole, c’est relever plusieurs défis ! L’objectif portait également sur la régulation de la charge du réseau unitaire. La saturation récurrente du réseau s’avère très problématique en ce qu’elle conduit à des rejets d’eaux sales vers le milieu naturel (Penfeld ou Rade) sans traitement préalable. Il existe ainsi un enjeu fort de préservation l’environnement et de la qualité des eaux par la mise en conformité du réseau unitaire ancien.
S’adapter au changement climatique
Avec le dérèglement climatique, la gestion intégrée des eaux devient de plus en plus nécessaire. En effet, pour les années à venir, le GIEC est formel. En Bretagne, la manifestation principale de ce changement concerne la modification du régime des précipitations. Ainsi, le crachin brestois laisse place progressivement à une alternance entre des périodes sèches plus longues et des épisodes pluvieux intenses plus fréquents. Aussi, les risques d’inondation et de pollutions seront de plus en plus forts sur notre territoire.
Face à cette augmentation des risques, les collectivités doivent anticiper et s’adapter pour protéger les habitant-es, les biens et l’environnement. Le bassin de Kertatupage, qui a fait ses preuves ces derniers mois, est une réalisation concrète et efficace d’adaptation au changement climatique.
Kertatupage : une superposition d’usages
Le site de Kertatupage s’étend sur 2 hectares. Il accueille plusieurs fonctions et plusieurs composantes. Des bassins enterrés et aérien réduisent les risques d’inondation et de pollution en cas de fortes pluies. Le site constitue également un espace de promenade et un réservoir de biodiversité.
Un ouvrage hydraulique à deux niveaux
L’ouvrage hydraulique comprend un bassin enterré de 95m de long sur 36m de large divisé en deux parties. Des dimensions proches d’un terrain de foot qui représentent une capacité de stockage de 18 000 m3 d’eau. En surface, un bassin aérien végétalisé peut être inondé lorsque le bassin enterré est plein. Au total, ce sont 30 000 m3 d’eau de pluie qui peuvent être retenus et régulés par cet ouvrage.

En cas de précipitations intenses, comme ces derniers mois, le parc s’inonde. Le public est alors averti par un dispositif sonore et visuel de mise en garde indiquant la montée imminente du niveau d’eau.
L’eau de pluie stockée par l’ouvrage hydraulique est ensuite renvoyée progressivement vers le réseau unitaire, quand celui-ci est moins sollicité. L’ouvrage assure une régulation du flux d’eaux pluviales. Les déversements d’eaux sales vers le milieu naturel sont évités.
Un espace pour les loisirs et la biodiversité
Hors période de pluie intense, il est possible de profiter de cet espace public prompt à la balade. L’objectif était de créer une véritable zone de respiration et de calme pour les habitant-es. Mais aussi un lieu accueillant pour la biodiversité en favorisant les abris pour la faune. Aussi, les travaux d’aménagement devaient répondre à des exigences de préservation du patrimoine historique et naturel existants et renforcer les liaisons écologiques.

En effet, la réalisation de digues massives était à proscrire. Il convenait aussi de redonner une continuité à la vallée et de préserver certains éléments du site. Ainsi, le ruisseau présent, jusqu’ici canalisé, a été réouvert et placé au cœur du projet. Deux lavoirs, des arbres majestueux et le bocage ont été conservés. Pour renforcer, la faune et la flore indigène, un écologue a accompagné la démarche, y compris pendant les phases de chantier. Des mares ont été creusées afin de favoriser les habitats propices aux batraciens. Puis, des abris à orvets ont été aménagés. Enfin, des nichoirs et abris à chiroptères ont été installés par les services de Brest Métropole.
D’importants travaux confiés à Eau du Ponant
L’opération a été confiée à Eau du Ponant, opérateur eau et assainissement de Brest Métropole en maitrise d’ouvrage déléguée. Des phases d’études à la réalisation, de nombreuses entreprises locales ont été sollicitées. Les opérations de terrassement, réseaux et génie civil se sont achevés au printemps 2021. L’aménagement paysager a été réalisé au cours de l’année 2022. Après presque 4 ans de travaux, le parc a été inauguré le 20 septembre 2022.
Le coût de l’opération s’est élevé à 6 millions d’euros. Le projet a bénéficié d’un cofinancement par Eau du Ponant (2.25M€), Brest Métropole (1.28M€), l’Agence de l’eau Loire-Bretagne (1,22 M€), la Région Bretagne (1,06 M€) et la Caisse des dépôts (0.68 M€).
Kertatupage : maillon d’une stratégie de gestion intégrée et durable des eaux
La mise en œuvre du plan d’actions MEDISA
Pour mettre en conformité son réseau d’assainissement et répondre aux enjeux de gestion des eaux pluviales, la métropole agit. Elle met en œuvre un plan d’actions issu du projet de recherche et développement MEDISA (Methode de DImensionnement des Systèmes d’Assainissement par temps de pluie) lancé fin 2017. Ce programme d’actions sur plusieurs années repose sur deux axes principaux :
D’une part : la réalisation d’ouvrages de stockage et de régulation comme le bassin de Kertatupage. En effet, Kertatupage n’est que le premier bassin construit. Huit autres sont programmés d’ici 2032. Ils seront situés à Pontaniou, Jean-Moulin, Sémard, Grande-rivière, Quatre-pompes, Jean-Bart, De-Gaulle et Brasserie pour un montant de 50 millions d’euros.
D’autre part : le déploiement d’actions de « déconnexion de surfaces imperméables » qui visent à réduire à la source le ruissellement pluvial en favorisant l’infiltration naturelle in situ.
Infiltration des eaux sur l’espace public
Ainsi, la direction écologie urbaine de la métropole mène différents projets de désimperméabilisation de l’espace. L’objectif est de déconnecter 150 ha de surfaces imperméables en 10 ans. Dans tout projet d’aménagement, réfection de places, voiries, parkings,.. la question de la gestion de l’eau de pluie devient incontournable. On peut citer l’aménagement de la rue du docteur Kerrien où la voirie a été légèrement inclinée et des noues créées pour accueillir l’eau de pluie. Autre projet achevé en 2024, la création d’une chaussée infiltrante rue Augier.

De plus, le travail a démarré dans des cours d’école, où la terre et la végétation reprennent le pas sur le bitume.
Par ailleurs, la métropole, via son opérateur Eau du Ponant, agit continuellement pour optimiser le réseau d’assainissement. Bien qu’invisibles a priori pour les habitant-es, ces investissements conséquents sont primordiaux pour le territoire.
Inciter à l’infiltration des eaux sur l’espace privé
Puisque la moitié des eaux de ruissellement viennent d’espaces privés, Brest Métropole sensibilise également les habitants. Depuis 2020, elle met notamment à disposition de récupérateurs d’eaux de pluie à coût réduit. Le particulier signe en contrepartie une charte où il s’engage à infiltrer l’excédent de la cuve sur son terrain.
En 2025, la métropole a lancé un appel à manifestation d’intérêt à destination des particuliers qui souhaitent être accompagnés dans la réalisation de travaux favorisant l’infiltration de l’eau de pluie sur leur terrain. L’enjeu est de réduire les effluents pluviaux acheminés vers les réseaux publics unitaires, susceptibles de saturer.
Enfin, la métropole soutient financièrement des associations locales agissant dans le sens de cette politique. Sont en effet soutenues les actions de diffusion de bonnes pratiques pour économiser l’eau chez soi, et les actions de sensibilisation lors d’évènements tels que la fête de la science ou les journées mondiales de l’eau.
